Huit
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Worse Before July Fifteenth
Alors qu'Henri Richard rêvait déjà de chandails bruns et de coupes Stanley en faisant des tours de machine, mon papa, lui, rêvait à moi en secret. C'est un garçon qu'il voulait dans plusieurs années, quand il aurait une barbe et un col roulé. Il ne savait pas comment on faisait les enfants, ni combien coûtait une pension alimentaire, mais il m'aimait déjà lorsqu'il regardait le ciel en faisant planer ses cerfs-volants.
Il pensait déjà au moment où il m'apprendrait comment on devient quelqu'un dans la vie et comment ça serait super. Il songeait à m'appeler Matthieu, mais avec deux T, dont un superflu (le premier). Il pensait au jour où il mourrait, à un âge vénérable, entouré de ses enfants et de ses petits enfants dans une grande maison pleine d'amour et de science-fiction. Il avait 9 ans et il avait déjà tout rêvé, tout planifié… tout faux.
Aujourd'hui, je me demande toujours comment on fait pour devenir quelqu'un, j'ai une vague idée de comment on fait des enfants, il n'y a qu'un T dans mon prénom, Henri Richard n'a pas assez de doigts et papa ne rêvera plus jamais, moi non plus d'ailleurs.
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Mathieu
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20:49
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On me reproche souvent de ne pas trop savoir où je m'en vais quand j'écris ici. Du moins, c'est ce que les voix dans ma tête font. C'est pourquoi j'ai décidé de revenir à la base et d'écrire simplement toutes les choses que j'aurais envie de faire avant de décéder de la mort.
Comme disait la voix dans le champ de maïs: "If you write it, they will come… true"
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Mathieu
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13:56
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Alors que mon visage impassible affichait encore des plaies de lit s'apparentant à celles d'un obèse morbide faisant flèche de tout bois, attaché sur le toit d'une Mazda 3, en vitesse grand V sur un toboggan fictif dévalant pentes et vallons contre vents et marées, quelque part en Illinois en habit de jogging, suintant sa propre urine suite à une amputation malencontreuse de la vessie, avec comme seule consolation, l'assurance qualité d'un jardinier qui "connaît ça" et qui changera sa vie des années plus tard en semant du maïs entre deux plis de sa peau pour après y récolter les légumes de son dur labeur avec l'aide de petits Mexicains importés spécialement pour l'occasion, je m'objectai de la confusion générée par les préambules beaucoup trop longs sur les blogs de mes contemporains.
Je décidai donc de remédier à la situation en créant une liste de 10 commandements faciles à suivre afin que la rédaction d'un billet bloggal soit adéquate et que celle-ci réponde à des normes beaucoup plus exigeantes que les normes Bonneville (qui ne stipulent seulement que le nombre de clous utilisés pour la construction de la maison doit être supérieur au nombre de pièces de celle-ci).
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Mathieu
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17:21
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C'est au petit matin, isolé par les neiges enveloppantes qui mettaient en sourdine les bruits et les couleurs de la métropole, que mes doigts se mirent à galoper allègrement d'une touche à l'autre sur un clavier que je voudrais beaucoup plus hygiénique, afin de trouver un sens à mon existence dépourvue de substance. Par un hasard plus pur que l'eau des larmes d'un bébé naissant qu'on aurait filtrée à même les montagnes Rocheuses pour en faire de la Kokanee, au détour d'un paragraphe moribond et d'une virgule mal placée au milieu du mot "préfecture", mes doigts se déplacèrent soudainement à mon insu, de touches lettrées en barre d'espacement, et ce sans l'apport quotidien recommandé de mon cerveau, comme sur une table de Ouija en forme de clavier canadien-français.
Les phrases ainsi formées durant cette expérience ésotérique, qui dura une bonne trentaine de minutes, période durant laquelle j'étais en transe dans un état semi-comateux se rapprochant des orgasmes prolongés que nous pratiquions jadis, elle et moi, sans appeler ça nécessairement du tantrisme parce que Sting appelle ça comme ça et que Sting est creepy et que c'est très mauvais de penser à Sting pour conserver une érection vigoureuse pendant plusieurs heures. D'un autre côté, Sting est un excellent contraceptif. D'ailleurs, selon un récent sondage, mille enfants sur mille ne seraient pas nés à cause de Sting, une moyenne d'environ 100%. Ce qui n'est pas peu dire en matière de chanteurs blonds avec une face de joker dans la conjoncture actuelle et le prix du baril qui sévit dans le monde du pétrole énergétique d'aujourd'hui (demain après-midi).
Bref, toujours est-il que, les phrases ainsi formées durant cette expérience ésotérique, (le contenu de ces parenthèses sert à informer le lecteur qu'il est toujours sur le même blog mais qu'il a perdu 25 secondes de sa vie en lisant le paragraphe précédent dans l'espoir de lire la fin de la phrase répétée au début du paragraphe courant pour évoquer une certaine continuité malheureusement interrompue par des parenthèses envahissantes et, oserai-je même dire, saugrenues) n'avaient aucun sens. Je me demandai donc alors ce que l'univers essayait de me faire comprendre avec ces petites jérémiades incompréhensibles. Je dus me rendre à l'évidence. L'univers essayait de me fourrer afin de reprendre son dû. Mais, mal lui en prit, le bougre. Ce que l'univers ignorait, c'est que malgré les apparences trompeuses, j'avais déjà mon propre univers dans lequel je me complaisais déjà depuis toujours à l'insu de tout ce qui existe à l'extérieur de celui-ci.
Je pris donc mon courage à deux doigts, sorti de mon corps, fit mes exercices d'étirement recommandés avant un effort physique, puis j'abandonnai ceux-ci lorsque je m'aperçus de la futilité de ces exercices dans la mesure où j'étais déjà sorti de mon enveloppe corporelle, donc incapable d'effort physique. Pendant que j'en étais à ces réflexions, l'univers me regardait avec un grand point d'interrogation dans le front. Je profitai de ce moment de confusion pour le lui enfoncer dans le crâne. L'univers s'effondra lourdement dans un big bang. J'avais tué l'univers avec son propre signe de ponctuation. J'étais génial.
Quand je réintégrai mon corps, plus rien n'existait. Je devais repartir à zéro, tout créer par moi-même. C'est le défi que je me donnai.
La première chose que je créai, la femme.
Pour ce qui est du reste, je la laissai décider.
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09:37
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Un déserteur attend toujours ce qu'il déserte
A starving man always gets what he deserves
Un homme aimant heureux et ment
A guy named Mark lied and died
Un chemin dans lequel tu marchais jadis
A forking road in which you would wander
Un fucking cul-de-sac au bout de tes heures
A trail of darkness lost in a dead-end bliss
That guy was rude, an uncommon douchebag
Un brin de causette, maybe just a fag
Trying to know more, une esti de tapette
Talking no more, must be a faggot
Un cendrier dans les étoiles pour botcher ta toppe
Craven A' exportée du paquet à ta bouche
Tes paroles s'envolent en douces fumées salopes
Tes doigts jaunes me repoussent, m'étouffent et me touchent
Come here quickly before I fade away
A glass of clear water thrown on the burning oil
Despite all you might think I did
I did it for you but did it only once
Un rictus naïf à la commissure de tes lèvres anthracite
M'indique et me dicte toutes mes inconduites
À travers vallons purs et ondulations charnelles
J'érigerai un sourire passé le péché véniel
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Mathieu
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14:05
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Janvier 20xx, mardi.
Quand se déroule cette histoire?
Dans le futur?
Dans le passé?
Personne ne le sait vraiment, il n'y a pas assez d'indices. Seulement deux ixes en lieu et place des dizaines et des unités. S'il y avait des robots, ça serait plus facile. Si les tours jumelles étaient toujours debout, ça le serait plus encore.
La haine est un mot bien faible pour exprimer ce que je ressens quand je pense à toi.
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Mathieu
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19:57
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(…) Les chameaux épileptiques de mon enfance, projetés à l'aide d'acétates translucides sur le mur de mes espoirs, représentaient jadis ce qu'il y avait de plus pur au fond de moi, soit la fureur de vivre et le manger pour chats.
(…) Une fois l'onde de choc passée, Sabrina se ressaisit et appuya sur la gâchette emportant avec elle, sa vie et ses secrets.
(…) De petits fermiers rachitiques, de fort belle apparence et venus de nulle part, s'étaient réunis autour du grand tapis central phosphorescent. Ils joignirent leurs mains de fermiers en marmonnant Black Black Heart de David Usher pour aider à la récolte estivale de légumes synthétiques.
(…) Quand Jordy s'éveilla enfin, le spectacle désolant qui s'offrait devant ses yeux eut pour effet de stimuler ses glandes formidables qui produisirent alors un liquide âcre et adipeux qui pourrait bien contenir assez d'Oméga-3 pour sustenter tous les fanatiques religieux de l'Utah.
(…) – "Déguerpissons Giuseppe avant de s'éterniser dans de trop grandes discussions qui nous ralentiraient et pourraient compromettre notre fuite de fâcheuse façon. "
Federico ne croyait pas si bien dire. Avant même qu'il eût fini de lacer ses souliers après s'être épilé la zone pubienne de manière plus ou moins convaincante, la planète explosa.
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Mathieu
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Cette nuit, au milieu de celle-ci pour être plus précis, je me suis réveillé. Je sentais que quelque chose n'allait pas. Après quelques secondes de réflexion, je réalisai que je ne respirais pas. Je portai ma main à ma poitrine. Mon cœur, il ne battait pas. Je peinai à prendre une dernière inspiration, me disant que les battements qui sautaient quelques temps m'annonçaient que le mien était venu. Pris de panique, je me jetai au sol pour me diriger je ne sais où. Je sentais un engourdissement grandissant dans mon cerveau, une légère euphorie, un avant-goût de la mort.
Pendant que je gisais sur le sol, face contre terre, je pensai aux gens qui allaient trouver ma dépouille. Peut-être serait-ce ma mère, ma sœur, peut-être mes voisins attirés par l'odeur de putréfaction. Je pensai au bordel qui régnait dans mon appartement. Puis, j'eus soudain une dernière volonté : JE DEVAIS ALLER EFFACER TOUTE LA PORN SUR MON ORDINATEUR. À ce moment, la mort me semblait bien peu importante comparée à la honte post-mortem qu'engendrerait ce répertoire de vulgarité et de luxure. Que diraient les gens? Mathieu c'était un bon gars, MAIS, il aimait les triples pénétrations anales et les nains s'adonnant au double-fisting. Faisant fi de savoir si mon cœur battait ou non, je me levai, forçant quelques respirations ici et là, puis bougeai la souris pour réveiller mon ordinateur. "Plus vite tabarnak" me disais-je.
Une véritable course contre la montre.
La mort contre la porn.
Qui gagnerait?
C'était épique.
Quand l'écran s'alluma enfin, ébloui par les rayons du tube cathodique, je cherchai à l'aveuglette le dossier contenant tous ces fichiers coquins qui pourraient ternir ma réputation d'homme prude et asexué. Je le trouvai enfin, sous l'appellation trompeuse "Glucides et Minéraux", je le sélectionnai, appuyai sur la touche SUPPR, cherchai la câlisse de corbeille parmi les icônes sur mon bureau, puis effectuai un vidage de corbeille héroïque. Je pouvais donc maintenant mourir en paix. Je portai une nouvelle fois ma main à ma poitrine, mon cœur, il battait, le sacrament.
"Merde, ma collection" pestai-je "Elle est foutue"
Je retournai me coucher en pensant à tout ce que je venais de perdre…
Ce matin, je ne me suis pas réveillé. Cette fois-ci, mon cœur avait décidé de s'arrêter sans me le faire savoir. Déçu, il ne voulait sûrement pas se voir confirmer une nouvelle fois que le sexe était plus important que lui.
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Mathieu
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Comme si je lançais des œufs magiques à la face du destin de façon condescendante en me disant que dans le fond, ce n'est pas si important que ça, l'existence. On se met le doigt dans l'œil. On se fourre. L'effet velcro est si puissant qu'il fait se cramponner ensemble les princesses et les crapauds dans une mascarade sans nom de hiboux et de madriers pour adultes.
Nancy : Ta yeule ch't'au téléphone!
Esprit vengeur : Odeurs précises quand tu nous tiens.
Les rubans adhèrent. Plus on écoute, plus on entend et ce n'est pas peu dire. L'enfance, ça n'existe pas. Voltaire sait porter ses violons. Terre.
Je me retourne lentement et, doucement, je trace un cercle invisible dans l'air avec mon index pour vous indiquer à quel point mon amour est bien réel. Les brillants dans vos yeux se propagent dans l'espace jadis occupé par vos silences et fusionnent dans la température ambiante avec le peu qu'il nous reste de merveilleux.
S'abandonner aux sensations, s'abonner aux 100 stations, savonnez veaux sans passion.
Hector, seul survivant monogame de la période de la grande noirceur et amateur de bridge, dans un élan introspectif d'une rare intensité, éjacula son passé comme on éjacule, oralement, un vocabulaire parfois trop parfait dans le but inavoué de tromper, par excès de contrition, ses alter ego que l'on considère, à tort, comme des subalternes sans envergure.
Parlant d'envergure, parlons-en de l'envergure, c'est quoi ça l'envergure? Non contente de créer des ambitieux, la société veut maintenant de nous, de l'envergure. Pourquoi pas du sébum, des urètres ou des tablatures en quantité adéquate?
Je réitère.
Les cerfs-volants coincés dans les peupliers d'un monde sans envergure pourraient espérer pouvoir voler de nouveau, un jour, au gré d'un souffle éolien providentiel, mais la société asthmatique stigmatise systématiquement notre inspiration collective pour générer du capital afin de vêtir richement tous ces vestons-moustaches aux lunettes rectangulaires qui nous regardent nous entretuer comme des bêtes de derrière leurs montures.
Les doigts qui s'agitent sur mon clavier tentent moins bien que mal de se connecter à l'abstrait qui régit ma vie afin que le fil conducteur devienne si mince qu'il s'efface complètement pour enfin laisser libre accès à l'imaginaire chaotique pur, sans drogues et sans saveurs artificielles. Atteindre enfin l'état de grâce des grands carencés, le nirvana de l'odeur de l'esprit adolescent.
La fin des haricots.
Je tague tout le monde et je les emmerde. Surtout toi. Oui toi avec le chandail mauve.
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Mathieu
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